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Une Fatwa sinon rien !

Ou les questions cachées derrière la liberté d’expression d’un professeur de philosophie.

Peut-on critiquer l’Islam ? C’est l’une des questions récurrentes de ces derniers mois et même de ces dernières années, question que les médias ne semblent pas se poser avec la même acuité pour les deux autres religions monothéistes.

Certes la question peut être posée, ne serait-ce qu’au nom de la liberté d’expression. Mais, plus important face à l’omniprésence de cette question, peut-on encore ne pas critiquer l’Islam ou même débattre d’autre chose que l’Islam ? L’Islam est-il une véritable menace pour la liberté d’expression ? Et si oui, est-il le seul ?

Nous avons droit presque chaque semaine à une nouvelle polémique touchant à l’Islam : untel a dit ceci sur l’Islam, tel musulman a fait cela. Untel avait-il le droit de dire ceci ? Tel musulman avait-il le droit de faire cela ? etc.
Et nos donneurs de leçons médiatiques de s’engouffrer immédiatement dans le « débat » sans vérification ni même réflexion mais surtout avec stigmatisation, dénonciation et passion pour nous démontrer que l’Islam représente un danger car incompatible avec nos valeurs occidentales.

La dernière grande affaire en date concerne le professeur de philosophie Robert Redeker et son article publié dans le Figaro du 19 Septembre 2006. Cet article raciste n’a pas manqué de déchaîner les haines et les passions autant de la part de ses défenseurs que de ses détracteurs. Ceci soulève deux questions :
Robert Redeker a-t-il le droit de s’exprimer ?
Robert Redeker a-t-il le droit d’exprimer des idées et une pensée se révélant racistes ?

À la première question, la réponse est évidemment oui !
En revanche, la réponse à la seconde question ne peut être que négative car, dans le cas contraire, il faudrait alors que Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch et consorts puissent s’exprimer avec la même liberté.

Ainsi, le racisme est-il toujours condamnable ou est-il tolérable quand il concerne l’Islam ? Si on considère que la deuxième proposition est la bonne, alors nous ne sommes plus dans un Etat de droits égalitaire.

Mais revenons à Robert Redeker.

On nous parle de « fatwa » et de menaces de mort. Pourquoi les écrits de cet enseignant auraient-ils provoqué autant de réactions virulentes ? Qu’a-t-il exprimé qui puisse justifier tant de passions et de débordements ?

Si nous nous penchons sur ces dernières années, nous constatons que des personnalités ayant autrement plus de talent et de renommée ont fait autant si ce n’est pire que lui.

Est-il besoin de rappeler les propos d’un Michel Houellebecq, d’un Claude Imbert et de feu Oriana Fallaci sur l’Islam, son prophète et les musulmans ?
Est-il besoin de rappeler les propos tenus par des politiques et des politologues tel que Philippe de Villiers, George Frèche ou Alexandre Del Valle (anciennement Marc d’Anna) sur l’Islam et les musulmans ?

Est-il besoin de rappeler le nombre d’ouvrages publiés chaque année en France qui traitent le prophète Mahomet notamment de « guerrier sanguinaire », de « voleur » et de « pédophile » ?

Quelles ont été les conséquences pour toutes ces personnes ?
Rien ! Pas la moindre « fatwa » !

Ces personnalités d’horizons divers et variés ont pu exprimer leurs idées, aussi nauséabondes soient-elles, sans problème. Aucune n’a perdu son emploi ou n’a été obligée de s’exiler ou de se cacher en faisant appel à la police.

N’en déplaise à certains, Oriana Fallaci, qui nous a quitté récemment, est décédée de cause naturelle et non pas égorgée « par un immonde barbu islamiste ».

Aucun des nombreux ouvrages calomniant le prophète de l’Islam n’a été interdit ni même brûlé. Tout comme aucune des librairies les distribuant n’a été prise d’assaut par des hordes de musulmans pour interdire une dédicace et surtout empêcher la vente de tels livres.

Non, Robert Redeker n’a rien dit ou fait de plus que les personnes citées plus haut et pourtant on ne parle que de lui et des menaces qu’il endure.

Venons en justement à cette « fatwa ».

De manière fort étrange et troublante, cette « fatwa » bien qu’omniprésente dans les médias est impossible à trouver en dehors de sites internet racistes tels que france-echos.com et occidentalis.com ou fondamentalistes laïcs tels que prochoix.org.

Nombreux sont celles et ceux qui l’attribuent à Youssef Al Qardawi qui l’aurait prononcé dans son émission sur Al-Jazeera. Or, nulle trace de cette « fatwa » même sur le site de la célèbre chaîne du Qatar ni sur celui d’Al Qardawi. Comment ceux qui sont si prompts à critiquer l’islam et à donner des leçons peuvent-ils l’expliquer ?

Il paraît pourtant que les barbus sont des fanatiques prêts à tout et ne craignant que Dieu. Alors pourquoi n’assumeraient-ils pas leur « fatwa » ? Ils devraient au contraire s’en vanter et la diffuser pour toucher un maximum de musulmans. Le texte de la prétendue « fatwa » devrait donc être aisément consultable. Pourtant rien !

D’où vient alors cette « fatwa » d’on tout le monde parle ? Au fait, existe-t-elle vraiment ?

Admettons.
Admettons que la menace qui pèse sur Robert Redeker soit réelle.

Pourquoi s’indigne-t-on et défend-on de manière aussi virulente Robert Redeker alors que d’autres sont laissés dans l’oubli ? Nous ne pouvons ici qu’être profondément choqué et indigné par la différence de traitement en matière de liberté d’expression selon le sujet traité et la personne en cause.

Où sont les bien-pensants et les donneurs de leçon lorsque Noël Mamère , Dieudonné, Alain Soral ou Mouloud Aounit se font agresser ? Qui parmi les « inter mi-temps » de la philosophie et de la réflexion s’est indigné des agressions qu’ont subi Olivia Zemour et Ginette Hess Skandrani ?

Ici, il ne s’agit pas de menaces par mail mais de violences physiques bien réelles.
Non seulement il n’y a personne pour s’indigner et pour condamner ces agressions mais les médias ne relayent que timidement l’information quand il ne la passe pas purement et simplement sous silence.

On nous parle de fatwa et de menace pour l’Occident et ses valeurs. Mais où étaient nos pourfendeurs de fatwas quand Pascal Boniface, Edgar Morin, Eric Hazan et Daniel Mermet, pour ne citer qu’eux, ont été traînés dans la boue et/ou attaqués en justice pour s’être librement exprimé sur le conflit israélo-palestinien ?

Qui parmi nos donneurs de leçons médiatiques s’est dressé contre la tentative de censurer l’ouvrage d’Israël Shamir « L’autre visage Israël » et celui de Norman G. Finkelstein « l’industrie de l’Holocauste » ?

Qui parmi les défenseurs inconditionnels de Robert Redeker a dénoncé haut et fort les menaces de mort reçues notamment par Gisèle Halimi et Eyal Sivan sous forme d’une lettre contenant une balle et un petit mot : « la prochaine ne viendra pas par la poste » ?

Quel Alain Finkielkraut ou Philippe Val a manifesté son soutien à Alain Ménargues quand il a été démis de ses fonctions de vice directeur de RFI pour avoir publié « Le Mur de Sharon » ?

Quel journaliste ou intellectuel si prompt à voir des fatwas et des terroristes islamistes à tous les coins de rue a tenté de soutenir la journaliste Catherine Nay après qu’elle ait déclaré en Janvier 2003 « qu’elle ne voulait plus s’exprimer sur ce sujet (le conflit israélo-palestinien) » suite à la campagne de dénigrement qu’elle a subit de la part d’activistes sionistes ?

Où sont les défenseurs de la liberté d’expression quand le journaliste Charles Enderlin reçoit des menaces de mort et subit une campagne de diffamation orchestrée par les défenseurs inconditionnels de l’état israélien ?

Comment expliquer que nos pourfendeurs d’islamistes restent silencieux quand la liberté d’expression est menacée par des extrémistes non musulmans, ceux-là ?

Que défendent réellement ceux qui soutiennent de façon si inconditionnelle Robert Redeker et qui dans le même temps ignorent superbement des faits au moins aussi graves ?

Est-ce véritablement la liberté d’expression et le droit de critiquer toutes les religions qui sont en cause ou est-ce simplement la liberté d’exprimer sa haine et son racisme à l’égard de l’Islam et des musulmans ?

Que de questions dont nous aimerions connaître les réponses afin de savoir s’il existe une seule et même liberté d’expression ou plusieurs avec des niveaux très variables selon le sujet abordé.

Paul Draszen

P.S: Rappelons à toutes fins utiles que Nicolas Sarkozy a exprimé son soutien à Robert Redeker et a réaffirmé son attachement à la défense de la liberté d’expression en France alors qu’il a fait interdire un livre sur son épouse Cécilia et obtenu le limogeage du rédacteur en chef de Paris Match suite à la publication de photos de son épouse avec son amant…

En ces temps de dérives et d’outrance dans les propos de supposés intellectuels et responsables politiques, il est bon de rappeler l’incohérence de certains discours sur ce sujet si médiatique et passionnel qu’est la laïcité.

Maintenant que les esprits se sont quelque peu assagis, l’occasion nous est donnée de revenir sur deux des événements parmi les plus médiatiques de l’année 2004. Je fais non seulement référence à la loi concernant la protection de la laïcité à l’école que l’on appelle également « loi sur le voile » mais aussi au mariage homosexuel. Comme nous allons le voir, ces deux événements sont bien plus liés qu’il n’y parait au premier abord.

Il nous faut ici remercier Noël Mamère pour avoir mis en évidence de manière flagrante, volontairement ou non, les incohérences du discours laïc de certaines personnalités et de certains mouvements que la majorité des média relayent sans le moindre esprit critique ou d’analyse.

Les réactions suscitées par le mariage célébré par le maire de Bègles, entre deux hommes, permettent de souligner l’interprétation à géométrie plus que variable du principe de laïcité. Principe que l’on nous a pourtant bien expliqué et qui a été si bien défendu à l’occasion de la fameuse « affaire du voile ».

La question du « mariage gay » se pose déjà depuis de quelques années dans nos sociétés occidentales, notamment depuis que de telles cérémonies sont célébrées dans des pays comme les Pays-Bas. Les positions sont souvent tranchées et les réactions sont passionnelles. Ce qui est intéressant à analyser ici c’est le « pourquoi » de ces réactions et notamment la position des opposants au mariage gay.

Mon propos n’est pas ici de prendre parti pour ou contre le mariage homosexuel mais juste de mettre en lumière le conflit qui existe entre, d’un côté notre société dite laïque et de l’autre, d’anciennes valeurs fortement ancrées en chacun de nous (même chez ceux qui se disent profondément athées ou agnostiques).

Chacun est bien évidemment libre de se prononcer pour ou contre le mariage homosexuel ; on peut même être parfaitement indifférent à ce débat. Cependant, pour ceux qui s’y intéressent, il est aussi important de savoir pourquoi « on est pour » que pourquoi « on est contre ».

Parmi les opposants, on entend souvent les arguments suivants : « ce n’est pas naturel !», « un homme doit épouser une femme, c’est comme ça ! », « ça ne se fait pas ! », « ça n’est pas dans l’ordre des choses ! » etc.

Quel est le sens de toutes ces expressions ? Quel est le raisonnement qui se cache derrière ces mots ? De quelle logique s’agit-il ?

« Ce n’est pas naturel ? » Et pourquoi ne serait-ce donc pas naturel ?

Il y a pourtant dans la nature des exemples de pratiques homosexuelles parmi certaines espèces, notamment chez les singes. L’homosexualité existant dans la nature, il paraît difficile d’affirmer que cette pratique n’est pas naturelle.

Dès lors que l’homosexualité est reconnue comme existant dans la nature, nous sommes bien obligés de reconnaître qu’elle fait partie des pratiques possibles.

Si l’on admet le fait que deux personnes puissent avoir des relations homosexuelles, pourquoi alors s’opposer à leur mariage ?

Parce que des homosexuels ne peuvent pas procréer ?

Nulle part dans la loi ne se trouve parmi les conditions qui régissent le mariage l’obligation de procréer. Lorsque des hétérosexuels se marient, ils n’ont pas pour obligation de procréer ni même de pouvoir procréer. Oublierait-on les hétérosexuels touchés par la stérilité ou bien tout simplement celles et ceux qui ne souhaitent pas avoir d’enfants ?

Alors pourquoi s’opposer au mariage homosexuel ?

Ces dernières années et particulièrement ces derniers mois, on nous a rappelé avec une « certaine fermeté » que la France est un pays laïc. Il nous a été également rappelé que les hommes et les femmes sont égaux en droit comme le rappelle si bien tant le préambule de notre Constitution que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH).

Du point de vue de la loi française, le code civil semblerait manquer de précision et de ce fait permettrait une interprétation tant en faveur qu’en défaveur du mariage homosexuel. Mais au regard de notre constitution et de la DUDH pourquoi chercherait-on à interpréter la loi de manière à interdire ce type de mariage ?

La loi se permette-t-elle d’imposer ou d’interdire à un homme hétérosexuel (majeure) le choix de sa future épouse (majeure) ? Non !
La loi se permette-t-elle d’imposer ou d’interdire à une femme hétérosexuel (majeure) le choix de son futur époux (majeure) ? Non !

Alors pourquoi cette même liberté de choix serait-elle refusée à un homme ou à une femme homosexuel(le) (majeur(e)) ? Sur quelle base juridique notre société si profondément attachée à sa laïcité peut-elle se fonder pour interdire une telle liberté de choix ?

Il nous faut bien admettre qu’il n’y a aucune justification à une telle interdiction à moins que l’on se tourne vers l’une des sources de notre droit que certains aimeraient faire disparaître.

Il s’agit là des valeurs « judéo-chrétiennes » profondément ancrées dans nos sociétés occidentales. L’islam représentant la seconde religion de France, on ne peut l’oublier dans cette analyse d’autant que, n’en déplaise à certains, les valeurs de ces trois religions sont bien les mêmes.

Les trois principales religions monothéistes abrahamiques que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam s’opposent fondamentalement au mariage homosexuel car l’homosexualité, considérée comme un grave péché, est formellement interdite. C’est avec les révélations successives de ces trois religions et leur développement que l’homosexualité a été interdite.

Revenons à ceux qui s’opposent au mariage homosexuel. Après avoir vu ces points, on ne peut fonder la justification de cette opposition que dans la Religion et les valeurs morales qu’elle véhicule.

Si ce n’était pas le cas, comme pourrait-on justifier cette opposition ? Comment expliquer que de grands démocrates et des donneurs de leçons soient contre alors qu’ils nous ont expliqué clairement leur conception laïque de notre société ?

Comment comprendre qu’ils se soient opposés de façon si virulente au port du voile en nous faisant de beaux discours sur la laïcité et sur la menace que pouvait représenter pour la société l’acceptation du port du voile à l’école ? Comment expliquer d’un côté cette volonté de protéger « à tout prix les femmes » au nom de la laïcité et de nos valeurs républicaines et démocratiques et d’un autre côté ce refus du mariage gay ?

On ne peut d’un côté s’opposer au mariage gay sur des fondements qui ne peuvent qu’être religieux et de l’autre s’opposer à ce que des personnes respectent des préceptes religieux qui ne regardent qu’elles.

De quel droit peut-on se permettre de juger de la sincérité et des motivations des femmes qui portent le voile (elles sont forcées, soumises…) alors que dans le même temps on refuse à des personnes qui expriment sincèrement leur sentiment le droit de se marier.

Comment peut-on sous le prétexte de vouloir « protéger » des femmes contre une forme d’asservissement leur interdire l’accès à un collège, un lycée, une administration ou un emploi ? On veut les protéger en les empêchant de s’instruire, d’avoir une autonomie financière et de se sociabiliser ?

Comment peut-on oser utiliser le mot « laïcité » pour définir notre société quand on n’interdit à des individus majeurs la possibilité de se marier pour la seule raison qu’ils sont homosexuels ? On veut démontrer qu’il y a bel et bien une séparation de l’Eglise et de l’Etat en interdisant à des citoyens de se marier sur la base de règles figurant dans la Bible ?

Il y a manifestement un manque flagrant de cohérence et d’honnêteté intellectuelle.

Il est temps pour certains de nos média, de nos intellectuels et de nos politiques de cesser de se gargariser avec des mots et des principes qu’ils ont dépouillé de leurs sens et de jouer la carte du populisme en faisant appel aux plus bas instincts humain dans le but de faire vendre ou d’être élu.

Il est temps pour certains de nos média, de nos intellectuels et de nos politiques d’admettre que non seulement la Religion est l’une des sources non négligeables des valeurs qui constituent les fondements de notre société, aussi laïque soit-elle, mais aussi que la Religion reste un élément qui continu à apporter malgré tout sa contribution à notre société républicaine.
Si certains veulent s’opposer à l’influence de la Religion dans notre société, alors ils devront remettre en cause bien plus que le port du voile ou les préceptes religieux respectés par des femmes et des hommes à la peau basanée originaire de pays où poussent les dattiers et les palmiers.

La peur et la haine de l’Islam semblent être partagées par un nombre croissant d’individus, du moins c’est ce que l’observation des médias pourrait nous amener à penser.

Qui n’a pas entendu les propos d’un Jean-Marie Le Pen, d’un Philippe Villiers ou d’un George Freche ? Qui n’a pas lu les écrits d’un Michel Houellebecq, d’une Oriana Fallaci ou d’un Alexandre Del Valle ? Qui n’a pas vu un reportage avec tel « expert en terrorisme » ou tel « journaliste spécialiste des banlieues » ?

Mais cette peur et cette haine ont évolué. Pendant longtemps ce fut une spécialité de l’extrême droite qui visait les « Arabes ». Puis ce discours a été repris et modifié. De nos jours si les propos racistes et outranciers à l’égard des immigrés et des maghrébins sont généralement condamnés, les mêmes propos racistes et outranciers lorsqu’ils sont formulés à l’égard de l’islam et des musulmans sont tolérés pour ne pas dire acclamés par nos médias et nos donneurs de leçons médiatiques.

Ces derniers justifient ce discours à l’égard de l’Islam et des Musulmans par le droit légitime reconnu à tous de pouvoir critiquer toutes les religions. Pourtant cette justification est prise à défaut par ceux-là même qui la brandisse.

Parmi ceux qui ressentent cette peur et cette haine, certains sont cohérents dans leurs idées et leurs sentiments car ils ne font pas de différence entre les religions et plus précisément entre les trois religions monothéistes dont les points communs ne manquent pas. Leur peur et leur haine concernent donc sans la moindre distinction tant les religions juives que chrétiennes et musulmanes.

D’autres n’éprouvent cette peur et cette haine qu’envers la religion musulmane qui à leurs yeux est la seule qui soit véritablement dangereuse du fait qu’elle comporterait des aspects inquiétants et particulièrement dangereux qui lui seraient spécifiques. Ce sont ces personnes qui nous intéressent ici.

Alors pourquoi cette haine et cette peur ? Et pourquoi uniquement et exclusivement à l’égard des Musulmans et de la religion musulmane ? Interrogeons nous et essayons de trouver ce qu’il y a de si spécifique chez les Musulmans et dans leur croyance qui puisse justifier une telle peur et une telle haine.

Est-ce parce que les Musulmans croient en un seul Dieu ?

Cet argument est très loin d’être pertinent étant donné que la croyance en un Dieu unique est l’un des points communs essentiels que les Musulmans partagent avec les Juifs et les Chrétiens. Rappelons d’ailleurs qu’il s’agit d’un seul et même Dieu. Donc un individu qui aurait une peur et/ou une haine à l’égard du monothéisme devrait avoir le même sentiment tant à l’égard de l’Islam, que du Judaïsme et du Christianisme.

Est-ce parce que les Musulmans croient en Jésus ?

Certainement pas étant donné que les Chrétiens croient eux aussi en Jésus.

Est-ce parce que les Musulmans ne reconnaissent pas Jésus comme étant le fils de Dieu ?

Ca n’a pas plus de sens car ceux qui auraient ce raisonnement devraient agir de même à l’égard des Juifs qui eux non seulement ne reconnaissent pas Jésus comme le fils de Dieu mais ne le considèrent même pas comme un prophète contrairement aux Musulmans.

Est-ce parce que les Musulmans reconnaissent notamment Abraham, David, Salomon et Moïse comme des prophètes ?

On ne peut pas plus retenir cet argument puisque tant les Juifs que les Chrétiens croient également en ces prophètes.

Est-ce parce que les Musulmans ont un prophète qui est originaire du Moyen-Orient ?

Cela n’est pas plus pertinent car tant Jésus que Moïse mais aussi Salomon, David ou Abraham ne sont pas originaires d’Europe. Si l’on s’en tient à ces trois religions monothéistes et à leurs Livres Saints respectifs, tous les prophètes sans exception sont natifs du Moyen-Orient. Il n’y en a pas un seul qui soit née ou ait vécu en Europe et plus généralement en Occident.

Est-ce parce que le livre saint, le Coran, des Musulmans est rédigé dans une langue qui n’utilise pas l’alphabet que nous connaissons ?

Cet argument doit immédiatement être écarté, puisque la Thora est rédigée en hébreux, langue dont on ne peut pas dire qu’elle utilise le même alphabet que « le nôtre ». Quant à Jésus, il ne parlait pas en latin ou en italien et encore moins en français ou en anglais.

Est-ce parce que les Musulmans vont prier en groupe dans une mosquée ?

Là aussi on ne peut que constater que les Juifs et les Chrétiens font de même. Les premiers vont prier dans une synagogue et les seconds dans une église ou un temple ! Sans oublier que notamment les Bouddhistes et les Shintoïstes vont également prier dans des temples.

Est-ce parce que les Musulmans sont circoncis ?

Ce serait ignorer que les Juifs sont également circoncis. Quant aux Chrétiens, ils ont continué pendant plusieurs siècles à suivre cette tradition, n’oublions pas que Jésus était circoncis. Rappelons également qu’aujourd’hui nombreux, sont ceux, notamment aux USA, qui bien que ni juif ou musulman se font circoncire pour des raisons purement médicales.

Est-ce parce que les Musulmans ne mangent pas de porc ?

Comment prendre cet argument au sérieux quand on sait que les Juifs ne mangent pas non plus de viande de porc. N’oublions pas non plus ceux et celles qui végétariens ou végétaliens vont bien plus loin car ils se refusent à consommer la moindre viande.

Est-ce parce que les Musulmans doivent manger de la viande dite « hallal » qui a subi un certain rituel ?

Là non plus, l’argument ne tient pas car les Juifs ont non seulement pour obligation de manger une viande dite « casher » qui a subi un rituel particulier, mais tous leurs aliments doivent en théorie être également « casher ».

Est-ce parce que les Musulmans ne doivent pas boire d’alcool ?

Il est vrai que les Juifs et les Chrétiens peuvent boire de l’alcool mais il y a de nombreuses personnes, croyantes et non-croyantes d’ailleurs, qui décident de ne pas boire d’alcool. Ce n’est donc pas une spécificité des Musulmans.

Est-ce parce que les Musulmans jeûnent ?

Mais les Juifs et les Chrétiens jeûnent aussi. Le jeûne est d’ailleurs une pratique que l’on retrouve dans beaucoup de religion et de philosophie car il constitue un moyen de purifier son corps et d’aider dans le même temps à purifier son esprit.

Est-ce parce que les Musulmans sont opposés à l’homosexualité ?

Il est vrai que l’Islam interdit l’homosexualité qui est considérée comme un grave pêché. Mais n’oublions pas que l’homosexualité est traitée de la même façon par les religions juive et chrétienne. L’homosexualité n’est d’ailleurs pas uniquement interdite dans les sociétés juives, chrétiennes et musulmanes.
Dans le bouddhisme l’interdit est sujet à interprétation mais l’actuel Dalaï Lama s’est exprimé sur cette question en déclarant que cette pratique sexuelle était « une mauvaise pratique sexuelle ».

Est-ce parce que les Musulmans ont la possibilité de pratiquer la polygamie ?

Il s’agit effectivement d’une pratique qui nous paraît étrange pour ne pas dire barbare à nous occidentaux. Mais c’est très vite oublier qu’il s’agit d’une possibilité et non d’une obligation pour les musulmans et que la très grande majorité des musulmans, et notamment ceux vivant dans les pays occidentaux ne sont pas polygames. Il ne faut pas non plus oublier qu’en dehors de toute considération religieuse, cette pratique se retrouve sur différents continents.

Pour ceux qui souhaitent porter le débat sur le terrain de la morale et des droits de femmes, il serait des plus intéressant d’avoir leur avis sur des pratiques « bien de chez nous ». Car si la polygamie est officiellement interdite dans les pays occidentaux, il en existe des formes plus pernicieuses. De nombreux hommes dans nos sociétés occidentales et modernes ont des maîtresses virtuelles que ce soient par l’intermédiaire des jeux vidéo, du téléphone ou de l’Internet (et avant du minitel !) quand il ne s’agit pas de vraies maîtresses. Pour certaines personnes l’adultère est devenu un véritable sport.

Mais étrangement si la polygamie provoque scandale et indignation, l’adultère et l’infidélité font l’objet de plaisanterie et dérision.

Est-ce parce que les femmes musulmanes doivent être voilées ?

Cet argument paraît bien plus pertinent que les précédents du moins si nous limitons notre analyse. Car il ne faut pas ignorer que les femmes chrétiennes pendant longtemps ont couvert leurs têtes en public, certaines continuent à le faire même s’il est vrai que cela concerne plutôt des femmes d’un certain âge. Dans l’aristocratie occidentale le port du chapeau, et de toute coiffe en général, par les femmes n’a pas son origine dans la mode mais bien dans la religion. N’oublions pas non plus les femmes juives qui volontairement ou non se couvrent la tête ou portent une perruque par prescription religieuse.

Est-ce parce que certaines musulmanes réclament des piscines avec des horaires d’accès réservés exclusivement aux femmes ?

Cet argument n’est pas plus valable que les précédents étant donné que des femmes de confession juive ont déjà obtenu ce type d’aménagement notamment dans la commune de Sarcelles par l’intermédiaire de son ancien Maire un certain Dominique Strauss-Kahn sans que cela n’émeuve le moindre média ni le moindre défenseur de notre laïcité républicaine.

Est-ce parce que les femmes musulmanes auraient un statut inférieur à celui des femmes non musulmanes ?

Voilà encore un argument souvent utilisé et qui semble faire mouche. N’entrons pas sur le terrain de la théologie et admettons que le statut de la femme en islam est bien celui que nous pouvons voir de nos jours notamment dans des pays comme l’Iran et l’Arabie Saoudite.
Et interrogeons nous alors sur le statut de la femme non musulmane.

Toutes les femmes à travers le monde qui ne sont pas en contact avec l’islam seraient donc les égales de l’homme ?

Force est de constater que les femmes européennes (et non musulmane) subissent une discrimination à l’embauche, tout comme au niveau des salaires. Car a travail équivalent, les femmes européennes (et non musulmane) n’ont toujours pas dans leur grande majorité le même salaire qu’un homme.

Les femmes européennes (et non musulmane) n’échappent pas non plus au harcèlement sexuel ni malheureusement aux agressions ainsi qu’aux excès de la jalousie ou de la possessivité de leurs conjoints (non musulmans). Et elles ne sont pas toutes parfaitement libres de s’habiller comme elles le souhaitent.
Les femmes européennes (et non musulmane) subissent des mauvais traitements psychologiques et physiques de la part de leurs conjoints (non musulman) pouvant conduire à la mort, les statistiques à ce sujet sont d’ailleurs effrayantes.

Et bien que nos états occidentaux soient des démocraties, on ne peut que constater et regretter la faible représentation des femmes aux postes les plus importants. En Grande-Bretagne, il a fallu attendre 1979 pour qu’une femme, Margaret Thatcher, soit pour la première fois chef du gouvernement, en France nous avons dû attendre 1993 pour que Edith Cresson atteigne le même poste et en Allemagne il a fallu attendre 2005 pour qu’une femme devienne enfin Chancelier.

Quand on voit les réactions et les comportements de certains responsables politiques à l’annonce de l’éventuelle candidature de Ségolène Royale à la présidence de la République, on peut se poser des questions sur la place de la femme dans notre société républicaine et laïque !

Est-ce parce que les Musulmans font intervenir leur religion dans tous les aspects de leur vie ?

On ne peut pas nier que les Musulmans, principalement les pratiquants, fassent intervenir leur croyance dans chacun des aspects de leur vie. Cette caractéristique nous surprend en occident voir nous choque. Ce comportement ne paraît normal que lorsqu’il émane d’un prêtre, d’un moine ou d’un rabbin. Mais voilà en Islam, il n’y a pas de clergé. Les Musulmans vivent leur foi en tout temps et en tout lieu.

Pourtant c’est une conception que l’on retrouve aussi bien au Moyen-Orient qu’en Asie. La croyance et la philosophie font intimement partie de la vie. Chaque action en est imprégnée.

Nous est-il jamais venu à l’esprit de faire remarquer à un bouddhiste qu’il devait, en occident, laisser ses principes et sa philosophie en sortant de chez lui ?
Nous est-il jamais venu à l’esprit de dire à un bouddhiste qu’il devait, en occident, mettre entre parenthèse ses principes et sa philosophie à l’entrée de son travail ?

Est-ce parce que les Musulmans mettent en péril le principe de laïcité dans les établissements scolaires voir même universitaire ?

Voici un nouvel argument majeur pour certains. Pourtant la religion est présente à l’école et à l’université depuis bien longtemps. Les cours n’ont jamais lieu le Dimanche, « le jour du Seigneur ». Il y a les vacances scolaires et les jours fériés fixés en fonction de fêtes religieuses comme Pâques et Noël.

Cela fait des dizaines d’années que dans les établissements scolaires, les élèves juifs et musulmans se voient proposer des plats de substitution à la viande de porc. Tout comme dans certain établissement, il y a une tolérance vis-à-vis de l’absentéisme le samedi et lors de certaines fêtes religieuses, juives et musulmanes.

Il y a des universités, notamment sur Paris, qui déplacent régulièrement des cours et des examens pour qu’ils n’aient pas lieu le samedi au motif qu’il y a des fêtes religieuses ce jour-là.

Est-ce parce que les Musulmans s’opposeraient à toute forme de démocratie ?

A première vue, cet argument paraît des plus pertinents. On ne peut pas dire que les pays à majorité musulmane soient des exemples de démocraties. Cette constatation serait-elle suffisante ? Si oui, sans aller bien loin que dire des Espagnols, des Portugais et des Grecs ?

Ces trois pays ne sont pas des états musulmans, la communauté musulmane n’y est pas non plus majoritaire. Pourtant la démocratie telle que nous la connaissons et que nous prenons en exemple n’est apparue en Espagne qu’en 1975 avec la mort de Franco, au Portugal qu’en 1974 avec La Révolution des œillets et en Grèce qu’en 1973 avec la fin de la Dictature des Colonels.

Est-ce à dire que tant les Espagnols que les Portugais et les Grecs ont une culture qui a ralenti leur évolution vers la démocratie moderne ?

À cela il nous faut souligner l’immense paradoxe qui consiste en occident à d’un côté faire remarquer que les pays musulmans sont des dictatures et d’un autre côté à soutenir les plus cruelles despotes à l’image d’un Ben Ali qui n’a pas grand-chose à envier à un Saddam Hussein (si ce n’est le pétrole et l’aplomb).

Est-ce parce que les Musulmans seraient particulièrement belliqueux ?

Nous voici face à un argument de poids. Nous avons tous les jours, si l’on en croit nos média, des exemples de violences commises par des musulmans et au nom de l’islam. Pourtant force est de constater qu’à travers l’histoire et aujourd’hui même la violence n’est pas une spécificité de l’Islam et des Musulmans.

Les premières armes à feu ne sont pas apparues dans les pays musulmans quant aux armes chimiques, bactériologiques et nucléaires elles n’ont pas plus été inventées par des musulmans. Les plus grands pays fabricants d’armes ne sont d’ailleurs pas musulmans. Les plus grandes armées du monde n’appartiennent pas plus à des pays musulmans.

Néron, Attila, Torquemada et Gengis Kahn n’étaient pas musulmans, pas plus que Staline, Mussolini, Hitler, Pétain, Pinochet, Mao, Pol Poth ou Franco. L’Inquisition, le Massacre de la Saint-Barthélemy, la conquête des Amériques et le massacre des indiens, la première et la seconde guerre mondiale n’ont pas non plus pour origine l’Islam.

Ce ne sont pas non plus des musulmans qui sont à l’origine de la Terreur sous la Révolution Française, de la Guerre de Sécession, du Gouvernement de Vichy, de la Shoa, des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, de la Guerre d’Indochine, de la Guerre du Vietnam, de la guerre froide ou de l’édification du Mur de Berlin…

Est-ce parce que les Musulmans seraient naturellement enclins à la violence et au terrorisme ?

Cet argument est particulièrement simpliste car c’est vite oublier que les membres d’Action Directe (France), des Brigades Rouges (Italie), de la bande à Bader (Allemagne), de l’Irgoun (Palestine) et du Groupe Stern (Palestine) n’étaient pas des Musulmans. Quant aux indépendantistes Bretons (France), ou les membres du FLNC (France), de l’ETA (Espagne), de l’IRA (Royaume-Uni), du FLNKS (France), du Sentier Lumineux (Pérou), de la secte Aoun (Japon) ils ne sont pas plus Musulmans.

Quant à la Mafia, qu’elle soit originaire d’Italie, d’Europe de l’Est ou des Etats-Unis, elle n’a pas pour origine l’Islam et les Musulmans.

Finalement que peut-on réellement reprocher aux Musulmans ?

Qu’ils y en aient des bons et des mauvais ?
Qu’ils y en aient des tolérants et des intolérants ?
Qu’ils y en aient des pacifistes et des belliqueux ?
Qu’ils y en aient des intelligents et des imbéciles ?

En somme nous devrions leur reprocher d’être tout simplement des Humains comme les Athées, les Agnostiques, les Juifs, les Chrétiens et tant d’autres le sont. Bien évidemment, nous ne pouvons pas leur faire ce reproche et encore moins ressentir de la peur et de la haine.

A moins que la gêne vienne de leur peau un peu foncée, de leurs cheveux crépus, de leurs moustaches et barbes ou encore du fait qu’ils parlent avec un accent et portent des vêtements différents de ceux portés en occident…

Mais à y bien réfléchir, ces reproches n’ont rien à voir avec la religion : ils sont plutôt en rapport avec les origines non occidentales des personnes concernées. Et une telle réaction s’apparente beaucoup plus à du racisme et à de la xénophobie qu’à une simple critique ou analyse.

N.B : Je fais volontairement un amalgame entre musulmans et arabes car ceux qui ont cette peur et cette haine des musulmans le font systématiquement. Il est bon de rappeler que la majorité du monde musulman est originaire d’Asie et qu’en Europe et aux Etats-Unis il y a un nombre non négligeable « d’occidentaux de souches » qui sont de confession musulmane.

Le Dimanche 16 Octobre 2005, Marc Olivier Fogiel a enfin présenté en direct dans son émission des excuses pour le SMS raciste à l’origine de sa condamnation du 26 Septembre dernier.

Certains vont certainement se féliciter de ces excuses et vont considérer l’affaire comme close. D’autres bien au contraire vont penser que ce n’est pas suffisant et qu’il faut obtenir le départ de Marc Olivier Fogiel (MOF).

Dans un cas comme dans l’autre il faut tenter de prendre du recul et se poser les bonnes questions. Et la question n’est pas « aimez-vous MOF ? » ni « aimez-vous ce que fait MOF sur France 3 ? ».

Ceux qui défendent MOF ne doivent pas faire abstraction des faits avérés et encore moins ignorer le jugement du Tribunal de Montpellier. Quant à ceux qui attaquent MOF, ils ne doivent pas utiliser cette affaire pour assouvir une quelconque vengeance ni sombrer dans un acharnement digne des plus farouches adversaires de Dieudonné.

Ne perdons donc pas de vue la décision de justice. L’animateur-producteur et France Télévision ont été condamnés en première instance (il y a pour l’instant un certain flou autour d’un éventuel appel) pour avoir diffusé un SMS raciste. SMS qui a été crée par l’équipe de MOF.

Or ce dernier ne veut toujours pas reconnaître ce point particulièrement important puisqu’il n’en a pas fait mention dans ses excuses ni dans aucune de ses interventions dans les différents média.

De ce fait on ne peut considérer ses excuses comme suffisantes. Il y a en effet une énorme différence entre le fait d’avoir laissé diffuser un SMS provenant d’un téléspectateur dont on aurait mal estimé le potentiel raciste et le fait d’avoir crée un tel SMS.

Mais admettons que l’on puisse tout de même considérer que les excuses de MOF soient suffisantes. Il y a toutefois quelque chose d’assez dérangeant si on compare cette affaire à d’autres événements.

N’oublions pas ce qui est arrivé à CAUET, il y a une dizaine années. Il avait raconté à la radio une blague de TRES mauvais goût sur Auschwitz. À la suite de ce dérapage CAUET a été sanctionné assez rapidement par son employeur. Pourtant aucune procédure ne fut intentée en justice bien que certaines personnalités (dont Arthur) aient traité l’animateur d’antisémite.

N’oublions pas non plus ce qui est arrivé à Jean-Luc Reichman, il y a quelques années. Ce dernier avait fait sur France 2 une plaisanterie avec le mot « youpin » pouvant être considéré comme antisémite. La sanction est tombée immédiatement et l’animateur a été remercié bien qu’aucun tribunal n’ait été saisi.

Plus récemment, n’oublions pas ce qui est arrivé à Alain Ménargues (directeur de l’information de RFI). Il a été limogé à la suite de propos et d’un livre particulièrement critiques à l’égard de l’état d’Israël. Alain Ménargues est accusé d’antisémitisme mais uniquement dans les média. Aucune action en justice n’a été intentée contre lui à ce sujet.

Voici donc trois affaires ou des personnalités médiatiques sont considérées comme ayant dérapé et qui ont immédiatement été sanctionnées par leur hiérarchie bien qu’il n’y ait eu aucune condamnation pour racisme (ce qui est normal puisque PERSONNE n’a jugé bon de les poursuivre en justice).

Dans le cas de MOF, admettons que la création du SMS raciste soit juste un dérapage. Nous sommes tout de même en présence d’un animateur qui a non seulement dérapé mais qui en plus a été condamné par la justice et a entraîné une chaîne de service publique dans la condamnation.

Alors pourquoi CAUET, Jean-Luc Reichman et Alain Ménargues ont été sanctionnés par leur employeur et pas MOF ?
Est-ce une question de personne ?
Est-ce parce que les dérapages négrophobes sont autorisés au contraire des dérapages antisémites qui eux sont sanctionnés ?

Il serait intéressant que le CSA et la nouvelle direction de France Télévision se décident à répondre à toutes ces questions.

« Les victimes antillaises de l’esclavage qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la Métropole, mais passons… »

Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas d’une déclaration de Jean-Marie Le Pen, de Bruno Golnich ni de Bruno Maigret. Nous imaginerions pourtant sans peine ces propos sortir de leur bouche tout comme nous imaginerions les réactions qu’ils auraient suscité : indignation, condamnation, poursuites judiciaires…

Ces propos n’ont donc pas été tenus par l’un des ténors de l’extrême droite. Ils ont tout simplement été tenus par l’un de nos « donneurs de leçons médiatiques », le célèbre et incontournable Alain Finkielkraut. Ne soyons pourtant pas injustes avec lui. Ne faisons pas preuve de mauvaise foi en oubliant le contexte de ses propos comme Pierre-André Taguieff, BHL, Alexandre Adler ou Finkielkraut lui-même savent si bien le faire à l’égard de ceux qu’ils qualifient trop facilement d’antisémites.

Notons aussi que ces propos n’ont eu pour échos que l’indifférence des médias traditionnels. Visiblement, ces derniers se soucient bien plus de savoir si un Noir peut librement se déhancher et absorber des boissons alcoolisés comme tout un chacun dans une boîte de nuit que de dénoncer des actes et des propos racistes pourtant intolérables même et surtout s’ils sont tenus par des personnalités supposées respectables.

Revenons à notre philosophe qui a tenu ces propos sur la Radio de la Communauté Juive (RCJ), qui comme son nom l’indique est à destination de la communauté Juive. Ce contexte est si important que Finkielkraut lui-même a tenu à le préciser a posteriori et suite au tollé que son intervention a suscité au sein de la communauté Noire et sur Internet.

« Quand je vais sur une radio juive, je me dis : « je vais sur une radio juive ». Aujourd’hui, on ne peut plus se dire ça. Quand je vais n’importe où, je suis potentiellement suivi par le monde entier. »

Une telle déclaration n’est-elle pas tout simplement la reconnaissance explicite d’un double discours ?

Même si RCJ est une radio communautaire, comme il en existe beaucoup d’autres, toute personne juive et non juive disposant d’un poste de radio est en mesure de l’écouter et d’enregistrer ses programmes. Une personnalité aussi médiatisée qu’Alain Finkielkraut connaît suffisamment bien le fonctionnement de la radio et des médias en général pour ne pas être surpris par la vitesse à laquelle une information ou des propos peuvent circuler et dépasser l’auditoire d’origine.

Pourtant, Alain Finkielkraut paraît être gêné par ce phénomène qui semble nuire au double discours qu’il reconnaît tenir. Le premier semble destiné à l’ensemble de la communauté française tandis que le second serait réservé à la communauté juive. Ceci est bien étrange car il n’y a pas si longtemps, un intellectuel basané de confession musulmane, Tariq Ramadan pour ne pas le nommer, a subi et continue à subir un formidable lynchage médiatique au motif qu’un double discours lui était reproché : le premier pour l’ensemble de la communauté française et le second pour la communauté arabo-musulmane.

Ajoutons à ceci que ce double discours, reconnu par Alain Finkielkraut, est empreint d’un communautarisme habituellement combattu et condamné avec vigueur par tous les grands défenseurs de la laïcité et pourfendeurs du communautarisme. Cette fois-ci, ceux-ci sont restés désespérément muets. Ne devraient-il pas pourtant le condamner comme le fut l’islamologue suisse ? Visiblement il y a une subtilité qui nous échappe et qui pourtant est suffisamment importante pour justifier cette différence de traitement.

Mais comment donc Finkielkraut en est-il arrivé à tenir de tels propos ? C’est une fois de plus la faute de Dieudonné saurait-on tenté de dire. Notre philosophe réagit à l’agression, étrangement passée inaperçue dans les médias, dont l’humoriste a été victime en Martinique et surtout au soutien que les martiniquais lui ont apporté.

« Et en plus, Dieudonné évidemment, en a profité en Martinique mais peut-être n’aurait-il pas eu besoin de cela pour jouer 2 soirs de suite à guichet fermé devant une foule surexcitée. »

Notre donneur de leçon est visiblement agacé par cette publicité dont bénéficie Dieudonné en Martinique. Et c’est ainsi que Finkielkraut en arrive à cette fameuse phrase :

« Les victimes antillaises de l’esclavage qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la Métropole… »

À écouter notre philosophe et humaniste, ce n’est pas normal que Dieudonné puisse avoir du succès. Non seulement Finkielkraut ne peut accepter que les martiniquais lui aient permis de faire salle comble deux soirs de suite, mais il n’accepte pas plus le fait qu’ils lui aient manifesté massivement leurs soutiens notamment après l’agression dont Dieudonné a été l’objet. Comment expliquer cela ?

C’est un peu comme le succès de Dieudonné au Zénith à Paris, il surprend et exaspère ses adversaires. Pour la métropole, Finkielkraut et consorts ont trouvé comme explication que les spectateurs du Zénith étaient des antisémites. C’est à cette occasion que le grand BHL nous a gratifié d’un article sur Dieudonné en fils de Le Pen.

Mais pour la Martinique, Finkielkraut n’a pas pu ou pas osé traiter les martiniquais d’antisémites comme les spectateurs du Zénith. Il a préféré choisir un autre type d’attaque qui reprend d’ailleurs des arguments appartenants aux mouvements racistes et à l’extrême droite.

Ainsi les martiniquais soutiendraient Dieudonné et lui feraient un énorme succès car ils seraient des assistés. On retrouve ici l’image du noir (et plus généralement du non occidental) qui serait oisif et qui passerait le plus clair de son temps à profiter du soleil, de la plage et de la nourriture voir de la boisson. De ce fait le martiniquais n’aurait rien de mieux à faire que soutenir un personnage comme Dieudonné.

Mais le « festival Finkielkraut » ne s’arrête pas là. Il lui faut aller au bout de son raisonnement et exprimer pleinement ses idées.

Il poursuit donc en donnant une analyse, assez rapide d’ailleurs, de la traite négrière en rappelant les trois axes qui l’ont constitué, et qui nous sont d’ailleurs souvent rappelés en ce moment, à savoir l’axe occidental, l’axe arabe et l’axe africain.

Les précisions qu’il nous donne sont très importantes car ce qui ressort de son « analyse » c’est que « l’homme blanc » a certes été un esclavagiste mais a fini par se laisser gagner par l’esprit des lumières, expression qu’il serait d’ailleurs fort intéressant de définir, en devenant abolitionniste. Notre philosophe insiste sur le fait que l’homme blanc n’a pas été le seul à pratiquer l’esclavage, il y a eu les Arabes, « méchants Arabes » devrait-on dire pour suivre le courant de notre philosophe et de ses amis et enfin il y a également eu les Africains.

Les Africains, cette précision sur laquelle certains historiens reviennent aujourd’hui avec beaucoup d’insistance pour nous expliquer que des noirs ont participé à l’esclavage comme si cela permettait de minimiser l’importance de ce crime contre l’humanité qu’est l’esclavage. Que penserait Finkielkraut si un intellectuel noir ou arabe insistait pour rappeler qu’il y a eu des juifs qui ont collaboré et participé à l’extermination des juifs pendant la deuxième guerre mondial ? Ce type d’information permet-il de minimiser l’importance de ce crime contre l’humanité ? Bien sûr que non ! Alors pourquoi le faire quand il s’agit des noirs ?

Que penser donc de ces propos et de ces idées exprimés par Finkielkraut ? Un regrettable dérapage ? Un malentendu ? Ou simplement l’expression du fond de sa pensée ?

Notre philosophe nous propose sa propre explication. Par ses propos, ce qu’il dénonce c’est le fait d’avoir une aide, d’en dépendre mais dans le même temps de critiquer celui qui fournit cette aide :

« Mais ce que je n’aime pas, c’est que l’on puisse…méconnaître cette réalité et jouer sur les deux tableaux de la subversion, de la colère, de la révolte, et de la subvention, si vous voulez. Et ça, cette dualité subversion/subvention, c’est un phénomène très contemporain, qui est le lot de nombreuses révoltes aujourd’hui, eh bien, je le dénonce partout où je le reconnais, aux Antilles comme ailleurs. »

« Donc, je …ne veux pas dire que les Antillais sont des assistés, il y a une aide, cette aide existe, elle est légitime, mais que ceux qui en bénéficient, que ces bénéficiaires fassent le procès délirant d’une France toujours esclavagiste et toujours coloniale : non. Ils se mentent à eux-mêmes. »

Il ne faut donc pas critiquer la main qui te nourri serait-on tenté de dire. Voici un discours pour le moins colonialiste !
Alors peut-être n’était ce qu’un regrettable dérapage de la part de notre philosophe, après tout cela peut arriver à tout le monde même à un intellectuel de sa pointure. Pourtant un événement postérieur à ce « dérapage » vient semer le doute dans nos esprits. Il s’agit de la fameuse pétition contre « le racisme anti-blanc ».

Il est évidemment important de dénoncer toutes les formes de racisme. Mais la formulation de cette pétition est pour le moins étrange. Il y est question de racisme anti-blanc et anti-français.
Il est donc sous-entendu que les français sont des blancs. Par extension les noirs (et les beurs) ne peuvent donc pas être des français. Ce raisonnement est non seulement très inquiétant mais parfaitement raciste !

Il ne fait pas de doute qu’un racisme anti-blanc existe, tout comme il existe un racisme anti-noir, anti-juif, anti-musulman, anti-asiatique et malheureusement tant d’autres.

Tout comme il ne fait pas de doute que ceux qui subissent le plus de discrimination notamment à l’embauche, dans la recherche d’un logement, dans les rapports avec l’administration sont ceux qui n’ont pas la peau blanche, qui ont un patronyme typé, parle avec un accent et ont des origines étrangères.

La question que nous devons nous poser c’est pourquoi ce racisme anti-blanc et anti-français est-il dénoncé maintenant ?

Est-ce un hasard s’il intervient à la suite de la dernière affaire Dieudonné ? Est-ce un hasard s’il fait suite au soutien qu’une part importante de la communauté noire a apporté à Dieudonné après son agression en Martinique et ses lynchages médiatiques à répétition ? Est-ce un hasard s’il intervient à un moment où la communauté noire réclame que l’esclavage soit considéré et traité au même titre que la shoa ?

On ne peut s’empêcher de se poser toutes ces questions et bien d’autres. Tout comme nous aimerions savoir ce que Finkielkraut et ses amis pétitionnaires, dont Bernard Kouchner, avaient en tête quand ils ont eu l’idée de cette pétition. Quel est leur objectif avoué ou non avoué ? Pour revenir sur Bernard Kouchner, on ne peut constater qu’il ne cesse de nous décevoir depuis qu’il a soutenu la guerre en Irak et qu’il a fait un rapport pour le moins complaisant sur les activités de la société TOTAL en Birmanie.

Les propos de Finkielkraut et cette pétition sont réellement troublants et s’apparentent à une dérive des plus ignobles et détestables.
Comment et pourquoi des personnes telles que Finkielkraut et Kouchner, pour ne citer qu’elles, qui étaient connues pour leur humanisme et leur ouverture d’esprit, ont pu se retrouver dans une telle situation qu’ils semblent parfaitement assumer ?

Est-ce un choix politique ? Est-ce un choix communautariste ? Est-ce un choix raisonné ou passionnel ?

Bien sûr nous ne pouvons donner de réponses certaines à ces questions mais nous pouvons exprimer une grande inquiétude quand des personnalités connues qui disposent d’une image et d’une renommée comme celle de Bernard Kouchner et d’Alain Finkielkraut soutiennent des idées et des propos qui n’ont rien à envier à l’extrême droite.

Ce que l’on n’accepte pas d’un Megret, d’un Gollnish ou Le Pen nous ne devons pas l’accepter d’un Kouchner ou d’un Finkielkraut. Ce que tout citoyen qui se dit tolérant, démocrate et respectueux des valeurs républicaines se doit de combattre ce n’est pas un Le Pen mais les idées d’un Le Pen.

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